Présentation

   Actualité


   Bibliographie


   Vidéothèque











         

Retour à l'accueil | Imprimer cette page






"Un psychanalyste sur le Divan"

de J.-D. N., Payot 2002

Note de lecture de
Patrick Avrane


J.‑D. Nasio ne s'en cache pas : « enseigner est pour moi un vrai plaisir » ; et ce livre nous fait à nouveau partager ce goût. Nasio ajoute : « Quand j'enseigne, je m'efforce d'être clair, c'est-à-dire d'apprendre à l'autre ce qui est déjà en lui à l'état embryonnaire » (p. 168). Disons-le tout de suite : le pari socratique est tenu dans Un psychanalyste sur le divan.

Cependant, ce livre a plusieurs entrées. Bien entendu, c'est un livre de vulgarisation bien faite. Plusieurs concepts y sont explicités de façon simple, ainsi : « Le transfert, c'est cela : s'attacher à un analyste qui s'offre comme cible de l'amour et de ses avatars » (p. 54). Certaines formules font mouche : « Je hais, donc je me sens être » (p. 112, souligné dans le texte) ; ou bien : « La jalousie, c'est craindre de perdre de ce que je possède ; l'envie, c'est vouloir ce que possède l'autre ; et la rivalité, c'est me battre contre un adversaire pour gagner un bien que je n'ai pas encore » (p. 80, id.). L'analyste y présente son activité de « diseur de l'inconscient » (p. 158, id.) ; il donne quelques conseils aux élèves : « il est indispensable, avant la fin de la première séance, de reformuler en des termes différents l'essentiel de la plainte que l'on vient d'entendre » (p. 44) ; il présente de façon didactique, en plusieurs tableaux, les sept crises qui font grandir, en précisant les trois temps de celles-ci : « Ce que l'enfant quitte ; Ce qu'il conquiert ; et Ce qu'il gardera toujours » (p. 135, id.).

C'est aussi l'ouvrage d'un praticien de la psychanalyse, et de la psychanalyse avec les enfants, J.‑D. Nasio nous fait donc entrer dans son bureau. « Le divan est comme partagé en deux : du côté gauche ressort l'aspect obscur et monacal du Bruegel isolé sur un grand mur blanc ; de l'autre l'aspect coloré qui s'ouvre sur la partie la plus lumineuse et dégagée de la pièce » (p. 15). Il nous indique aussi le mode sur lequel il reçoit un enfant pour un premier entretien, « à l'inverse de ce qui se pratique couramment, je préfère le recevoir d'abord » (p. 148), privilégiant ainsi « la force incomparable des premières impressions » (p. 149). Il insiste également sur la courte durée, de six mois à deux ans, de l'analyse avec un enfant.

Enfin, ce texte est celui d'un psychanalyste qui soutient un certain nombre de thèses. Certaines sont classiquement freudiennes, ainsi celles qui concernent l'homosexualité, ou lacaniennes, comme la présentation de la forclusion. D'autres sont novatrices, et par-là, méritent discussion, comme celle de l'inconscient unique commun à l'analyste et l'analysant dans la séance, déjà évoqué dans Les yeux de Laure (repris en poche chez Flammarion, 1996) ; ou celle des « Formations de la jouissance [...] faites d'émotions pures, non symbolisables, intraduisibles en mots » (p. 177), à l'oeuvre dans certaines maladies psychosomatiques ou la toxicomanie ; ou encore la proposition intéressante selon laquelle toute femme est vierge, un « fantasme d'une virginité infinie [...] chez une femme amoureuse ayant senti la volupté de la pénétration » (p. 95). J.‑D. Nasio, en ajoutant qu'il s'agit d'hypothèses à confirmer, apporte ici sa forte contribution à ce qui permet à la psychanalyse d'être toujours vivante : le débat.

    Ainsi, dans Un psychanalyste sur le divan, dont je n'ai évoqué ici que quelques passages, chaque lecteur, qu'il soit sur le divan, qu'il n'y soit plus ou pas encore, peut trouver son compte.


 

Revue de la Société Freudienne de Psychanalyse