Jean-David Nasio
L'Œdipe, le concept le plus crucial de la psychanalyse
Paris, Payot, 2005,
232 p.
Les ouvrages de
Jean-David Nasio ne s'embarrassent pas de circonvolutions. Ils sont toujours écrits
dans un style clair et ont nettement une vocation pédagogique. L'auteur ne se
retranche pas derrière un langage abscons qui semble parfois moins fait pour
transmettre que pour assurer la science et le savoir de celui qui rédige.
Ce livre, L'Œdipe,
ne
déroge pas à la règle. Une définition est
posée d'emblée. « L'Œdipe, c'est
l'épreuve
vécue par un enfant d'environ quatre ans qui,
dépassé par un désir sexuel
incontrôlable, doit apprendre à borner son élan et
l'ajuster aux limites de son
corps immature, aux limites de sa conscience naissante, et enfin, aux
limites
d'une Loi tacite qui lui ordonne de cesser de prendre ses parents pott,
des
objets sexuels. » (p. 19). L'essentiel est posé, le corps, le sexuel, le conscient
et l'inconscient, la loi, les limites et le temps. C'est donc la déclinaison,
chez le garçon et chez la fille, des différents éléments de cette épreuve qui
est ici décrite, à partir de l' expérience clinique de Jean-David Nasio, et en
mettant en scène les questions cruciales de la castration et du phallus. Des
tableaux éclairent le déroulement du drame œdipien en distinguant de façon très
nette ce qui se joue pour le garçon et pour la fille. Un certain nombre de
formules heureuses parsèment le texte. « Le garçon quitte l 'Œdipe en un jour, la fille en plusieurs années »
(p. 72 ; souligné dans le texte à chaque fois) ; «Le garçon redoute une castration, la fillette déplore une privation » (p. 75) ; « Le Phallus pour
la fille, ce n'est pas le pénis mais l'image de soi » (p. 77) ; « Quand la mère
impose son autorité, elle a le Phallus ; mais quand l'enfant la sent toute à lui,
elle est son Phallus » (p. 118) ; « Pour l'homme, le Phallus, c'est la force,
pour la femme, c'est l'amour » (p. 147); autant de sentences que le
psychanalyste peut entendre et commenter.
Car, par sa clarté et
ses prises de position nettes où, par exemple, l'érogène du corps et le temps vécu
priment sur une logique du signifiant, ce livre n'est pas seulement un ouvrage
d'initiation. Il offre du matériel pour que soit ouvert, ou rouvert, un débat.
En effet, la question a été si souvent traitée que l'on oublie parfois que l'Œdipe,
cette invention freudienne, supporte la psychanalyse. Grâce à Jean-David Nasio,
avec L'Œdipe, le concept le plus crucial de la psychanalyse, une telle omission
n'est plus de mise.